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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 21:23

 

Alexandre Andreev & Dany Savelli, Rerikhi. Mify i fakty ,

 

Résumés des articles

Аlexandre Andreev

« L’occultisme et le mysticisme dans la vie et l’oeuvre de Nicolas et Elena Roerich »

Les biographes de Nicolas et Elena Roerich refusent généralement de parler

d’occultisme et de mysticisme à leur sujet et préfèrent parler d’« expérience cosmique ».

L’auteur du présent article considère, pour sa part, que les Roerich sont des occultistes et des

mystiques typiques, à l’origine d’une nouvelle version du mythe de la Fraternité

Himalayenne. Bien avant de quitter Saint-Pétersbourg, le couple s’est intéressé au spiritisme,

à la théosophie de Mme Blavatsky et aux doctrines philosophiques et religieuses de l’Inde. Au

début des années 1920, Nicolas et Elena Roerich, alors en émigration, n’ont rien perdu de ces

intérêts mais, pour la première fois, ils ont prétendu être des gourous, fondateurs de l’Agni

Yoga (ou Éthique vivante), un enseignement caractéristique du mysticisme quasi-religieux

proposé par le Nouvel-Âge (New Age).

Le présent article se compose de plusieurs parties, à savoir « Le spiritisme et les

mahatmas », « Le Grand Plan », « L’oeuvre des Roerich, une brèche dans l’au-delà » et

« L’expérience du feu d’Elena Roerich ». L’auteur montre que sous l’influence du spiritisme,

de la théosophie et particulièrement de « l’expérience du feu » (que l’on peut interpréter soit

comme une expérience mystico-religieuse, soit comme un trouble psychique), l’artiste et sa

femme, qui se firent appeler les messagers des Forces Supérieures, tentèrent de construire une

sorte de Shambhala terrestre (ou « État futur idéal »). À cette fin, ils élaborèrent un projet de

reconstruction du monde (« Grand Plan ») concernant plus particulièrement quatre pays

désignés par les mahatmas : les États-Unis, la Russie, l’Inde et le Tibet.

Ce « Grand Plan », qu’ils tentèrent de réaliser en Amérique, en Europe et en Asie avec

l’aide de leurs collaborateurs, et qui, par la suite, prit le nom de « Grand Plan de la Hiérarchie

de la Lumière pour sauver le monde », correspond à une grandiose utopie sociale au sein de

laquelle on retrouve divers éléments mystico-religieux – prophéties chrétiennes et

bouddhiques sur Armageddon, guerre de Shambhala, apparition d’un Sauveur, le Christ-

Maitreya – mêlés, de façon assez paradoxale, à un évident pragmatisme américain.

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L’expérience mystique que constitue la relation avec le maître de l’au-delà (le

Mahatma Morya) devient une puissante source d’inspiration pour Nicolas et Elena Roerich.

Alors qu’Elena écrit livre sur livre sur le nouvel enseignement (Agni Yoga), Nicolas peint ses

tableaux-icônes qui sont comme autant de fenêtres sur l’« autre monde ». Tous deux vivent

dans l’attente de la venue du Sauveur, le Bouddha-Christ, et essayent même d’en accélérer la

venue.

L’auteur tente d’analyser l’activité mystico-occulte des Roerich dans les années 1920

et 1930 et leurs tentatives – forcément infructueuses – de placer les dirigeants de plusieurs

pays (notamment soviétiques et américains) sous le contrôle de « souverains » invisibles

vivant dans l’au-delà.

En fait, Roerich ne réussit à concrétiser quasiment aucun de ses projets. Zvenigorod, la

fabuleuse « Ville des Connaissances », n’a jamais été signalée sur aucune carte, ni sur celle de

l’Altaï, ni sur celle de l’Himalaya. Et si, en 1929, le peintre fonda l’Institut des recherches

himalayennes « Urusvati », la disparition du Cercle des Roerich au milieu des années 1930

mit fin à son existence. En outre, aucune des promesses faites par Maître Morya n’a été tenue,

aucune de ses prévisions ne s’est réalisée, ce qui, selon l’auteur, indique une fois encore que

les mahatmas censés diriger les Roerich ne furent rien d’autre que « des fantômes » dont

Elena Roerich fut la seule à entendre les voix.

Alexandre Andreev

« Le journal d’Esther Lichtmann : les Roerich à Kulu (1929-1934) »

Esther Lichtmann (1892-1990) fut l’une des plus proches collaboratrices des Roerich.

Elle fut notamment membre du cercle ésotérique qu’ils fondèrent à New York et qu’ils

appèlerent couramment le « Cercle ». De 1929 à 1931, elle séjourna à Kulu (Inde) et y revint

en 1934. De fait, elle fut un témoin de la vie au sein du « ashram himalayen » des Roerich.

Son journal, qui représente plus de 1 500 passages écrites en russe et en anglais, est inédit et

reste inconnu de la grande majorité des chercheurs. Il est une source précieuse de

renseignements sur la vie et l’activité des Roerich au cours de leur première « période

indienne». Jour après jour, Esther Lichtmann a noté de façon scrupuleuse les noms des

différents visiteurs et a retranscrit ses conversations avec Elena ainsi que les souvenirs de

celle-ci ; elle a également recopié ou cité des lettres de Nicolas Roerich et d’autres membres

du Cercle dont on a aujourd’hui perdu la trace. Mais surtout Esther Lichtmann a décrit avec

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force détails la vie d’Elena et a réussi à donner un portrait vivant de cette femme hors du

commun, notamment durant les années critiques qui précédèrent la dissolution des Institutions

Roerich et qui marquèrent de fait la fin du « Grand Plan» et du Cercle.

L’auteur s’attarde particulièrement sur les circonstances dans lesquelles les autorités

britanniques refusèrent un visa à Nicolas Roerich lorsqu’il souhaita rentrer en Inde en 1930.

L’article revient également sur le drame que constitua le démantèlement du Cercle en 1935 ; il

le fait à partir du point de vue « ennemi », c’est-à-dire du point de vue de Louis Horch (le

principal « banquier » des Roerich) et d’Esther Lichtmann. L’auteur revient aussi sur

l’apparition miraculeuse, le 3 mars 1934, du Calice de Bouddha chez les Roerich.

Nadia Chtchetkina-Rocher

« Le kitsch comme basso ostinato de l'esthétique picturale de N.K. Roerich »

Nous nous proposons dans cette étude d’adapter la notion de kitsch élaborée par Hermann

Broch pour éclairer certains aspects de l’esthétique picturale de N.K. Roerich. Soulignant

d’abord le caractère conscient de la réutilisation des procédés kitsch (carte postale,

décorativité, exotisme éclectique), nous proposons le terme de « sur-kitsch » pour comprendre

la production de ses premières périodes. Mais le virage religieux survenu à la fin des années

1910 provoque chez Roerich une posture prophétique dont l’esprit de sérieux et la volonté

démonstrative se situent dans les parages immédiats du kitsch au premier degré.

Sergueï Filatov et Roman Lunkin

« Le Mouvement Roerich : un phénomène russe de spiritualité culturelle »

Cet article examine la vision particulière du monde qui est celle aujourd’hui des

admirateurs russes de Roerich. Il traite également des différentes associations et organisations

qui, à Moscou comme en province, se consacrent à cet héritage. Pour les évoquer, les auteurs

parlent de « Mouvement Roerich » et notent que les principales idées de ce mouvement

séduisent nombre de représentants de l’intelligentsia russe. Ils retracent l’évolution de ce

mouvement depuis son apparition au début des années 1990 jusqu’à aujourd’hui et s’attardent

plus particulièrement sur la seconde moitié des années 1990 quand le Mouvement Roerich

atteignit le zénith de sa popularité.

Dans le phénomène religieux unique que constitue, selon les auteurs, le Mouvement

Roerich, on retrouve un intérêt pour l’Orient, pour les idéaux de l’époque soviétique, pour les

idées parareligieuses du Nouvel-Âge (New Age) et pour les stéréotypes de la conscience de

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masse ainsi qu’une véritable vénération pour la culture et ses représentants les plus en vue,

dont les Roerich.

Yukiko Kitamura

« Nicolas Roerich dans les publications japonaises »

Cet article recense et présente les traductions des écrits de Nicolas Roerich au Japon ainsi

que les publications qui lui ont été consacrées en japonais à partir des années 1920 jusqu’à

2006. Il traite également de l’accueil réservé à Roerich en mai 1934 lors de son séjour dans ce

pays à partir des articles parus dans la presse japonaise de l’époque et des rapports de police

établis à cette occasion. En se fondant sur des documents conservés dans les archives du

ministère japonais des Affaires étrangères, il évoque également la brochure Nihon Raisan (La

Gloire du Japon) que Roerich diffusa lors de sa venue dans l’archipel.

L’auteur revient sur les articles du slaviste Mitsuyoshi Numano (Université de Tokyo)

parus entre 1997 et 2002 dans la revue IS (Intellect and Sensitivity) qui envisagent Roerich

« non pas sous l’angle de ses idées mystico-religieuses, mais comme un phénomène culturel

et artistique unique ». Il constate qu’aucune publication japonaise sur Nicolas Roerich ne fait

part du projet du peintre d’organiser une Conférence bouddhique en Asie ni de son projet

d’établir un nouvel ordre mondial. De même aucune publication japonaise ne prend en

compte les archives japonaises, notamment celles du ministère des Affaires étrangères.

L’auteur conclut en notant que les relations de Roerich avec le Japon demeurent jusqu’à

aujourd’hui très mal connues. Son séjour au Japon en 1934 et l’attitude alors des autorités

japonaises à son égard restent à étudier.

John McCannon

« L’impossible retour du fils prodigue ou

l’oeuvre picturale de Roerich pendant la Seconde Guerre mondiale »

Les oeuvres de Nicolas Roerich réalisées à la veille et au cours de la Seconde Guerre

mondiale peuvent être considérées sous différents angles d’approche. Comme il l’avait fait à

la veille de la Première Guerre mondiale et tout au long de celle-ci, Roerich exprima dans les

oeuvres de cette période – sous la forme d’allégories archaïques ou médiévales – ses

sentiments sur les événements en cours de même que son horreur des conflits armés. Dans le

même temps, ces tableaux laissent percer l’espoir du peintre de voir la violence de l’époque

céder rapidement à un futur paisible, annonciateur d’un renouveau cosmique ; ils évoquent

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aussi son amour indéfectible pour la Russie, comme sa foi dans le courage et la valeur morale

de ce pays dans lequel il reconnaît le sauveur des nations. Mais surtout, cet ensemble pictural

laisse percevoir le désir de Roerich, à la fin des années 1930 et durant les années 1940, de

rentrer dans sa patrie d’origine où, depuis son exil en 1918, il n’est revenu qu’une seule fois

(en juin et juillet 1926).

Cependant, ce retour n’eut jamais lieu du fait des positions contradictoires que le peintre et

les membres de sa famille adoptèrent à l’égard de l’Union soviétique entre 1918 et les années

1940 : position vigoureusement antisoviétique jusqu’au début des années 1920, puis

prosoviétique jusqu’au début des années 1930, à nouveau antisoviétique dans le milieu des

années 1930 puis à nouveau prosoviétique après 1937. En un sens, la plupart des tableaux de

Roerich qui datent de la Seconde Guerre mondiale peuvent être interprétés comme autant de

déclarations de loyauté au régime en place à Moscou et comme autant de tentatives de la part

du peintre d’être autorisé à rentrer en Russie.

Dany Savelli

« La fortune institutionnelle de N.K. Roerich : l’exemple de

l’"Association française des Amis du Roerich Museum" (1929-1935)

à travers différentes correspondances inédites »

Le cadre institutionnel dans lequel Roerich et ses collaborateurs ont souhaité inscrire leurs

actions n’a guère suscité l’attention des historiens. Pourtant qui veut cerner la façon dont

Roerich entendit réaliser ses idéaux ne peut négliger la nébuleuse d’organisations créées de

son vivant en Amérique, en Europe et en Asie. Le présent article entend présenter l’une de ces

organisations, celle créée en juin 1929 à Paris sous le nom d’« Association française du

Roerich Museum de New York ». S’appuyant sur des correspondances inédites, cette

présentation examine le mode de constitution d’un réseau de sociabilité dont le propos fut de

contribuer à faire ratifier le Pacte Roerich par plusieurs États européens et extra-européens. Si

l’Association disposa d’une section russe (composée d’une branche exclusivement politique

et de branches sibérienne, ossète, kalmouke et musulmane du Caucase), elle visa

essentiellement à s’intégrer à la société française et à se concilier les mondes militaire,

politique et scientifique français, de même que l’Église catholique.

Les trois collaborateurs de Roerich qui oeuvrèrent au sein de l’Association furent

confrontés à une série d’obstacles qui, à terme, marqua l’échec de leur action. D’une part,

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l’Association ne put espérer un soutien officiel des États-Unis en raison du caractère privé du

Roerich Museum dont elle était la filiale (ce fait amène d’ailleurs à s’interroger sur ses

prétentions à promouvoir les relations culturelles franco-américaines). D’autre part, les

méthodes de travail imposées par le Roerich Museum s’avérèrent inadaptées à l’Europe.

Enfin, avec la crise financière et la résurgence des tensions internationales, les idéaux

pacifistes défendus par le Pacte Roerich devinrent, dès le milieu des années 1930, obsolètes

en Europe. Dans le même temps, les interrogations sur la nationalité du peintre et sur son

engagement politique remirent implicitement en cause la soi-disant neutralité de ce pacte. Des

rumeurs répandues dans Paris par une ancienne adepte de Roerich l’accusèrent d’être

bolchévique, mais aussi bouddhiste et franc-maçon. Il est un fait que ses portraits en sage

asiatique tout comme l’intrigante symbolique de la Bannière de la Paix suscitèrent

l’incompréhension. Les réactions du Vatican et des milieux catholiques français et belges en

fournissent des exemples. À la même époque, les prétendues découvertes faites par Roerich et

son fils Georges sur le séjour du Christ au Ladakh lui valurent l’hostilité d’un sinologue

comme Paul Pelliot. Afin de ne pas nuire à l’action menée par l’Association auprès des

gouvernements européens, la diffusion en France de l’Agni Yoga – qui prône un syncrétisme

religieux – fut volontairement restreinte par Roerich et certains de ses collaborateurs. Deux

des dirigeants de l’Association, Marie de Vaux Phalipau et Michel de Taube, semblent

d’ailleurs n’avoir jamais rien su de cet enseignement spirituel, pas plus qu’ils ne semblent

avoir été au courant du revirement de Roerich à l’égard de l’Union soviétique.

Tout en apportant un éclairage original à l’histoire de l’émigration russe en France, l’étude

de cette Association pour la période 1929 à 1935 (année de la démission des deux dirigeants

évoqués plus haut) révèle le dynamisme exagéré et le caractère finalement artificiel de son

action. Étant donné le projet utopique non-avoué qui la sous-tendit, pouvait-il vraiment en être

autrement ?

Ivars Silars

« Les ancêtres de Nicolas Roerich. Légendes vs archives »

La consultation des archives, surtout celles de la région de Kurzeme et celles des Archives

nationales historiques de Lettonie, permet d’éclairer l’origine de l’arrière-grand père, du

grand-père et du père de N.K. Roerich, tous trois originaires de Kurzeme (Courlande). Les

conclusions de nos investigations sont les suivantes :

1) L’idée – répandue de nos jours – selon laquelle les Roerich seraient d’origine

scandinave (suédoise) et descendraient de Riourik, le fondateur de la Rus’, est dépourvue de

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fondement. Le nom de famille Roerich provient vraisemblablement de l’allemand das

Röhricht, qui désigne une roselière, ou bien du prénom Roderich.

2) Aucun document ne permet d’affirmer que le père de Nicolas Roerich, Konstantin, est

issu de la famille Roerich, alors que plusieurs documents attestent de façon indiscutable qu’il

est le fils illégitime de Charlotte Constantia Schuhschel, une servante de la propriété de

Paplaka (all. Paplacken) dans le gouvernement de Courlande. Il fut baptisé le 7 juillet 1837

sous le nom de Constantin Christoph Traugott Glaubert et porta le nom de famille de sa mère.

3) Le vrai père de Konstantin (autrement dit le vrai grand-père de Nicolas) est le fils des

propriétaires de l’endroit, le baron Eduard von der Ropp. À la demande des parents de ce

dernier, Konstantin fut adopté par Friedrich Roerich, leur intendant, lui-même fils d’un

couturier et petit-fils d’un cordonnier ; le jeune Konstantin prit alors le nom de famille de son

père adoptif.

Anita Stasulane

« Le Mouvement Roerich en Lettonie »

Le présent article propose un panorama sur le Mouvement Roerich en Lettonie. Apparu

en 1920 sous le nom de la Loge du Maître, l’Association des amis de Roerich de Lettonie est

un des premiers groupes du Mouvement Roerich fondés dans le monde. Après le départ en

Inde de son fondateur, Vladimir Chibaev (1898-1975), la Loge installée à Riga fut renommée

« Association des amis du Roerich Museum ». Jusqu’en 1940, Riga demeura le centre du

Mouvement Roerich pour les trois pays baltes ; un travail d’édition considérable y fut mené :

le groupe letton publia en effet les livres de l’Éthique vivante, les oeuvres des Roerich, La

Doctrine secrète d’Helena Blavatsky ainsi que les travaux de plusieurs disciples de Roerich.

En 1937, un musée présentant des oeuvres de Nicolas et de son fils Sviatoslav fut fondé à

Riga.

L’Association a été reformée en 1988. Le mouvement letton s’est scindé en trois

groupes distincts : l’Association Roerich de Lettonie, la Section lettone du Centre

International des Roerich et le groupe Aivars Garda. Chacun de ces groupes s’adonne à un

type d’activités précises : l’Association Roerich de Lettonie se concentre sur les

manifestations culturelles, la Section lettonne du Centre International des Roerich oeuvre dans

le domaine de l’éducation tandis que le groupe Аivars Garda essaie d’influer sur la vie

politique lettonne. Ainsi, actif dans trois sphères importantes de la vie sociale – la culture,

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l’éducation et la politique – le Mouvement Roerich de Lettonie a acquis une influence

considérable tout en redevenant le plus important des pays baltes.

 

Saint-Pétersbourg, Nestor Istorija, 2011, 309 p. – ISBN 078-5-98187-695

 

Cf aussi 'histoire de la littérature russe'

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